Je suis là, je crie intérieurement, je crie parce que mon âme me fait mal, enfermée en moi-même sans pouvoir s'exprimer, car personne ne la comprend, personne ne sait la lire. Je voudrais que quelqu'un puisse m'ouvrir, que quelqu'un puisse entrer dans mon esprit pour comprendre les pensées et les sentiments que je ressens. Je voudrais qu'on me comprenne ; souhait dérisoire, car mon âme est peut-être la seule chose que j'ai d'unique, et, par un coup du sort cruel, la seule chose que je voudrais montrer, exposer aux yeux du monde. Le monde tourne autour de moi ; tant d'âmes différentes, en ébullition, tellement de pensées qui volent à différents niveaux, qui s'entremêlent au-dessus des têtes mais sont invisibles à l'½il humain ; tant de personnes, seules en permanence avec elles-mêmes, égocentriques car enfermées dans une enveloppe charnelle. Le corps est une prison qui empêche les hommes de se comprendre ; pour combler ce handicap, nous voilà obligés, pauvres créatures si pitoyablement mais si magnifiquement terrestres et concrètes, de nous exprimer par un langage dit « corporel », par des mots qui, s'ils peuvent exprimer d'une façon plus ou moins claire un souhait ou une idée, ne peuvent faire ressentir à l'interlocuteur le sentiment profond qui a précédé ces paroles dans l'esprit du narrateur.
Je suis égocentrique ; nous sommes égocentriques ; le mot « ego », « je » en latin, est celui que nous pensons en permanence ; nous sommes prisonniers de ce « je », prisonniers de nous-mêmes.
Je suis là, et je pleure. Je pleure parce que je suis idéaliste ; je pleure parce que je me sens pitoyable, petite chose qui ne survivrait pas à la moindre cruauté de la vie, physique ou psychique. Je me sais faible de corps et d'esprit ; je me crois intelligente mais ne suis qu'une ignorante complète ; je pense être altruiste mais ne suis que prétentieuse et orgueilleuse.
De tous temps, les hommes ont cherché des réponses à leurs questions, sombrant dans des crises d'existentialisme, se perdant dans les tréfonds de l'éternité, ou plutôt, de l'idée de l'éternité, terrifiante, si profondément, d'ailleurs, que les hommes l'ont bloquée en dehors de leur esprit, car le simple fait d'y penser a le même effet qu'une chute dans un gouffre noir et interminable.
Car si l'éternité est magnifique – car cette idée de vie qui se perpétue à jamais est tout de même attrayante pour les humains, terrifiés par la mort -, elle effraye car nous ne sommes pas capables de l'imaginer pour nous-mêmes ; la vie humaine est rythmée par des débuts et des fins ; la vie est rythmée par des naissances, des commencements ; mais elle se termine toujours par la mort, et l'idée réellement étrange est que cette mort ne soit qu'un début...
Par moi-même.